Apologie d’un arbre ou l’extrospection d’un ascète oisif

Écrits retrouvé dans les ruines d’une habitation troglodyte isolée, proche de la ville de Ad-Pyrra, dans la Chaîne de Ryou


Qu’est-ce que la beauté ?

La beauté, ce sont les ramures invisibles qui, dans une recherche éternelle de bienfaits nutritifs, vont parcourir les terres les plus éloignées, s’enfoncer dans les sables les plus profonds, faire le tour de rochers incontournables dans le seul but d’obtenir l’ambroisie qui, bien qu’inutile à son propre intérêt, est essentielle à un organe supérieur, à une destinée plus grande, à une volonté plus mystique.

Elles n’ont que faire de cette vie grouillante dont la glaise est la nation. Elles ignorent que c’est cette vie, ainsi que la mort de cette vie, qui lui offre son nectar. Elles l’ignorent et les ignorent.

Une fois installées, il est impossible de les faire partir. Elles ancrent leur destin pour l’éternité, jusqu’à ce qu’elles s’effritent de l’intérieur, ce qui est la fin de leur éternité. Mais même au-delà de cet infini, une partie d’elle subsistera, à jamais enracinée, témoin d’une gloire passée, mais n’étant désormais plus que le cadavre d’un destin éculé et qui n’a plus l’utilité que de, dans une ironie qui constitue l’essence de notre monde, nourrir d’autres ramures souterraines.

En attendant ce sort funeste, elles progressent, avancent, s’enfoncent, percent, soulèvent, contournent, entourent, s’ancrent et se figent comme une fondation inamovible. Leur destin est pluriel, mais simple. Elles progressent, avance et s’enfoncent sans réfléchir. Elles percent, soulèvent et contournent sans se rendre compte des obstacles. Elles entourent, s’ancrent et se figent, car tout repose sur elles.


Qu’est-ce que la beauté ?

La beauté, c’est le socle majestueux dressé vers le ciel, qui émerge des tréfonds pour octroyer la vie à son être sibyllin, qui est un phare dressé s’offrant à la faune, la flore et à sa propre existence, qui serait d’une laideur monstre s’il était livré à lui-même, mais qui est en réalité le canevas d’une beauté aussi complexe que complète, car il n’existe pas deux troncs qui offrent aux yeux la même peinture.

Mais il n’y a pas que cette esquisse métaphorique qui s’épanche sur sa peau écorchée, il est aussi l’échafaudage d’une vie qui se décrit à de nombreuses échelles. La plus petite d’entre elles se cachent sous sa peau, peinant à se prémunir des instincts de chasse de plus gros, dont les attributs sont spécialement fuselés pour percer celle-ci. Les plus imposants et plus agiles s’en servent à loisir d’abri, de garde-manger ou d’aqueduc. Les derniers, enfin, ont la patience des basidiomycètes et parasitent l’écorce dans un effort de survie.

C’est un pilier de la vie bien au-delà de son corps, car avec ces confrères ils soutiennent l’ombrageuse canopée qui offre un refuge aux être qui fuient les yeux célestes ou les rayons de feu. En famille, ils offrent un labyrinthe aux proie qui courent et aux prédateurs qui guettent. Ils sont le soubassement de la Vie

Le socle est généreux, car dans son immobilité séculaire, il permet à tant d’autres de se mouvoir et de vivre. Cette générosité s’étend bien au-delà de la mort, car lorsque la sécheresse et la pourriture auront pris la place de sa sérénité, la vie n’en sera que plus importante, grouillante et rampante.


Qu’est-ce que la beauté ?

La beauté, c’est l’expansion fractale d’appendices qui explosent en milliers de mains sinoples. Partant du tronc, les nœuds mènent à d’autres nœuds qui mènent à d’autres nœuds dans une répétition exponentielle qui mène à une asymptote aussi dense que la surface d’une sphère pleine.

Cette infinité est porteuse d’ares cent fois plus conséquente que le sol sur lequel son pilier est posé, car la complexité est synonyme d’optimalité. Une optimalité dont la fonction première est de capter le nectar doré qui s’écoule de l’astre chaud, ainsi les innombrables mains sont tournées vers le ciel, suppliant pour avoir l’énergie d’accomplir le cycle de vie de cet atome forestier.

Le sang de jade affleure à cet endroit, s’abreuvant de la chaleur solaire avant de replonger dans le tube de copeaux. La sensibilité de l’être est la plus forte à l’extrémité de ses membres, car les ramures ne sont que le proxy entre la nutritive terre et les frondaisons lumineusement perméables.

Mais c’est lorsque le vent les caresse qu’elles révèlent leur plus beau secret : une harmonie mélodieuse, subtile et complexe, qui se superpose au chant aphrodisiaque des passereaux qui s’en servent comme promontoire. Ainsi, la vie prend tout son sens dans le creux de l’oreille des animaux et des observateurs qui ont l’intelligence de rester silencieux. Et lorsqu’elle se détache enfin, la petite pelure végétale n’émet dans son dernier souffle que le bruissement ponctuel de sa courbure qui se pose sur le tapis auburn formé des millions de ses congénères tombées avant elle.


Qu’est-ce que la beauté ?

La beauté, c’est l’apparition miraculeuse d’un grain de vie, qui s’extrude de l’armature rigide qui en est la matrice et expose sa tendre fragilité aux merveilles du monde.

C’est une explosion de couleur et de senteur, qui lance un appel retentissant à la faune bariolée pour qu’elle l’aide à engendrer une génération nouvelle. C’est une explosion de couleur et de saveur, qui lance un appel retentissant à la faune volante et grimpante, pour qu’elle transporte le plus loin possible les petites étincelles de vie qui se cachent au creux de ses chairs.

La fleur est le fleuron de l’organisme, qui met tout en œuvre pour assurer le futur bois vert. Le fruit est le fruit de son travail acharné, la recette de ces nutriments accumulés et très justement dosés, pour être sûr que les petites mains le choisisse. C’est cette complexité ultime qui sonne le pinacle de la beauté de l’être, car tout y converge, de la plus vulgaire racine jusqu’à la plus fine branche.

C’est une bouffée grandiose, une inspiration profonde avant un grand souffle où culmine sa beauté dans la mince brume jaune et les jus sucrés qui sont jetés au monde. Cette respiration cyclant sur une année entière, laissant à chacun de contempler chaque mouvement qui l’anime. Ainsi, avec tous les individus en cœur, c’est la sylve tout entière qui respire à plein poumon pour croitre et s’épandre, un but qui se suffit à lui-même. Un but qui peint un tableau somptueux sans le vouloir. Un but qui s’appelle la luxuriance.


Qu’est-ce que la beauté ?

La beauté, c’est quand le jonc dépose son dernier souffle, sa dernière chance de féconder la terre, avant de s’abattre sur cette même terre. Son sang est lentement drainé, son écorce lentement asséchée. Parfois, il vit plusieurs décennies de mort avant de choir, parfois il choit presque immédiatement, abattu par la lassitude ou l’instrument d’un bourreau.

Mais le bois mort n’est pas à proprement parlé une mort. C’est le début de la vie, car si son corps n’est, pour un sujet, plus qu’un déchet dépourvu d’âme, il se transforme en abris, en terre fertile où se mettent à habiter nombre d’animaux, de végétaux et de champignons, ce qui représente mille fois plus de vie que celle qui l’habitait quand il se tenait encore debout. Un petit monde qui n’existe que parce que l’écorce qui en est la terre a un jour connu la vie. Ce monde mettra de nombreuse années à être épuisé, tant la quantité de nourriture et la possibilité d’y trouver socle ou refuge sont grandes. Mais il finira par sombrer, comme tous les mondes.

Puis, quand ce corps usé aura perdu tout substance matérielle, que seuls d’abris effondré il ne peut être considéré, de champs épuisés pour les petites vies, il va pouvoir se fondre dans cette terre qui l’a si longtemps porté. Il se glissera alors sous le tapis douillet qu’il a longtemps contribué à pouvoir, et faire don de tout ce qu’il reste de son essence au manteau minéral qui nous a tous porté et nous portera tous, qu’on ignore et piétine à chaque instant. C’est après tant d’année, autant que sa propre vie, qu’on peut effectivement voir que ce corps et devient cendres.

Le cycle se renouvelle, éternel, car ces cendres deviennent le terreaux des nouvelles pousses.


Qu’est-ce que la beauté ?

La beauté, c’est l’équilibre d’un monde complexe.

Divagations en La mineur

Extrait d’un recueil de poèmes datant du début du Deuxième Âge, trouvé dans une tombe anonyme du pays d’Arop et intitulé “Divagations en La mineur”.

Note du transcripteur : Le style de l’auteur varie beaucoup d’un poème à l’autre et emprunte des formats de poème variés venant de pays et d’époques très différentes. Néanmoins, les thématiques restent très similaires dans la globalité du texte, ce qui laisse penser qu’il s’agit bien d’un auteur unique et non plusieurs auteurs. Il est néanmoins impossible de se prononcer avec certitude.

Note du transcripteur : un certain nombre de feuillets ont été rendus illisibles à cause de l’humidité.


Les voix du fleuve

D’où vient cette musique annonçant le trépas ?
Cette philharmonie d’où retenti le glas ?
Quelques sourds violoncelles, une boîte à musique,
Sont-ils le prélude d’un requiem tragique ?

Ce sont des dissonances instiguant la souffrance
Et conduisant les âmes à la désespérance,
Une fanfare qui fourvoie en fulminant
Et qui veut aveulir la vigueur des vivants.

Laissons couler nos peines dans l’onde insipide,
Buvons cette eau amène à l’arrière goût acide,
Plongeons dans la fontaine et ses remous fétides,
Embrassons cet éden et ses flots génocides.


Rencontre avec un Psychopompe

Ma volonté morte
Me supplie d’abandonner;
On frappe à la porte.

Avec précaution
Je me force à avancer;
Sans invitation.

Sur le noir chemin
On m’agresse violemment;
Un étranger vient.

Couvert de blessures
J’échoue et je chois, mourant;
Divine figure.

Je suis allongé
Et redeviens silencieux;
Salut échangé.

Une lueur brève
Apparaît devant mes yeux;
La fin de mon rêve.


Joie invisible

Harmonie millénaire emplissant mon organe !
Enhardie par mes pairs ambroisant les profanes,
Ravie par le tonnerre éclatant mes membranes,
Tu fais vivre et enterres tous les mélomanes.

Ondulation gracieuse exultant de foi,
Définition du beau, du parfait, de l’émoi
Je veux, pour l’éternité, me lier à toi,
Mais tu es la seule maîtresse de ta voix.

Alors je caresse tes enfants mécaniques
Chantants la complainte de ma vie ironique
Je fais vibrer, jouir tes organes acoustiques
Pour invoquer ta divine essence phonique.

Puisse-tu m’accompagner, de plus en plus fort
Au cours de ma vie, mes joies, mes peines et ma mort
Reste avec moi, juste quelques instants encore,
Ainsi, fatiguée mais apaisée, je m’endors.


Haikus

Haiku n°1

Le vent facétieux
Soulève la jupe brune ;
L’automne est joyeux

Haiku n°2

Petite tortue,
Donne tes œufs au destin !
Comme tant de fois.

Haiku n°3

Il est plus joyeux
D’écrire avec une fleur :
L’hivers, pas de plume…


Comme de l’eau sur une lyre…

Comme de l’eau sur une lyre,
S’épanchent mes plus grands désir,
Mes joie, mes peines, mes idées.
Mon âme se pâme, aliénée.

Quand je noirci le papier blanc
Pour faire parler mes sentiments,
Qu’il soit rayé ou quadrillé
C’est le plus beau des messagers.

Alors laissons choir à l’envi
Les mots nous venant à l’esprit.
Et l’encre coule avec loisir
Comme de l’eau sur une lyre…


Haikus

Note du transcripteur : le texte original du haiku numéro 4 est illisible.

Haiku n°5

Dans tout ce chaos,
Vers la folie salvatrice
Il n’y a qu’un pas

Haiku n°6

Beauté de la pluie
Qui inspire le lyrisme,
Muse nostalgique.


Tankas

Tanka n°1

Les grands patriotes
Se déchirent et se suicident,
Ce depuis toujours.
Quand réaliseront ils
Qu’il n’y a pas de pays ?

Tanka n°2

Quand l’esprit s’éveille
Il se demande toujours
Comment s’élever.
En recherchant la sagesse ?
En accueillant la folie ?


L’Autre côté

La musique
Qui apaise mon esprit
Est silencieuse.

La folie
Est une façon lucide
De vivre la mort.

Quand l’envie
Est plus grande que la peur,
Étrange enthousiasme.


La Solitude

Je regarde au loin.
Tant de papillons passent devant mes yeux,
Mouvement perpétuel.

J’aime rester seul,
Je me plaît dans cet univers infini
Où je suis protagoniste.

Toujours, je médite.
J’aime le gris, neutre, ascète, misanthrope.
Sérénitude complète.


Tankas

Tanka n°3

Chacun a le droit
D’emprunter le long chemin
De la rédemption.
Ne sont pas des monstres ceux
Qui y mettent des barrières ?

Tanka n°4

Le destin est clos.
Même si la route est longue,
Aucune jonction.
Peu valent le vent, la neige,
Le devoir est accompli.


Éminence grise

Il ne parle pas mais mord
Aussi fort que l’autre aboie,
Tous seuls ils sont deux.

Maître de ce qui l’entoure
Préfet de ceux qui l’entourent
Ce pion est un roi.

Voir croire les êtres maîtres,
Mirer vers ces bleus béjaunes,
Se sentir puissant.


Vaguelettes

Doux romantisme

Note du transcripteur : le poème intitulé “Doux romantisme” est en grande partie illisible.

Marche impériale

L’unification
Mène vers la tolérance et le progrès.
Mais trop de grand conquérants
Ont pavé de sang le chemin y menant.

Vaguelette n°3

Ni blanche ni noire,
La routine est grise et elle prend racine.
Le monde, les gens se fanent,
Je me transforme en albinos achromate.

Voie et illumination

Une feuille morte
Voyage sereinement sur l’eau paisible
Visage sans nom, sans voix
Mais qui aime l’autre plus que lui-même


Courteaudes

Art

Regard attentif
Sert à l’analyse.
La contemplation
Doit être éphémère.

Rêves et Songes

Nos rêves déments
Sont un exutoire.
Ce sont les cautères
De notre folie.

Rêves et Folies

Le fou ne sais pas
Qu’il est dérangé.
Le rêveur ignore
Ce qui est réel.


Rêves, réalité et souvenirs

Les sermons aveuglants m’emplissent de frissons,
Mais le soleil radie et réchauffe mon cœur.
Il épanche l’espoir, le rêve et la tiédeur.
Bientôt main dans la main nos désirs brûleront,

L’orage frappe l’horizon de ses éclairs,
Mais la pluie lave mon désespoir et mes craintes.
En chœur nous récitons une douce complainte
Et résonne dans les cieux nos voix de tonnerre.

Nous penchons en arrière un regard nostalgique.
Pour ces jours difficiles où nous semblions morts,
Pour ces moments où nous voulions être plus forts,
Nous arborons un sourire mélancolique.

Poème dédié à la personne qui m’est la plus chère


Haikus

Haiku n°9

Dans la solitude
Mon esprit se chauffera
Entre les deux cieux

Haiku n°10

Boisson de soleil,
Mon âme est une tableau vierge
Qu’il se faut graver

Haiku n°11

D’un jaune éclatant,
Le feu repousse le blanc
Qui cache le pourpre


Note du transcripteur : le reste des textes (estimé à une douzaine de feuillets) est complètement illisible.

Les neuf merveilles du monde

Extrait d’un livre d’éveil pour les enfants de 8 à 14 ans.

Le Jardin de Brume

L’histoire de Rosarya, notre monde, commence lors de la Scission Originelle, où les dieux ont envoyé les huit Psychopompes sur le monde pour guider les humains et fonder les neuf traditions. Avant cela, l’humain était une créature primitive, mais les Psychopompes sont venus donner un sens à leur vie, et par leur biais, la civilisation a pu se développer.

À partir de là, notre monde a connu trois âges : le Premier Âge ou l’Ère des Hommes, âge de guerres et de conquêtes territoriales, le Deuxième Âge ou l’Ère des Esprits, âge de spiritualité et de conquête des convictions, et le Troisième Âge ou l’Ère des Démons, âge de progressisme et de survie conjointe.

Tout cela pour dire que, parmi toutes les merveilles du monde (qui ont toutes été construites au Premier Âge), le Jardin de Brume est la plus ancienne, à tel point qu’on n’est pas capable de précisément dater sa construction.

Il s’agit d’une île somptueusement posée sur le Grand Lac du Vallon-Havre, dans le pays de Tohava, qui reste fermé aux regards même les plus attentifs à cause des nappes de brumes qui l’enrobent. Les rares yeux qui ont pu s’y promener ont rapportés des assortiments de plantes inconnues mais d’une beauté indéfinissable, des senteurs et des sons si doux qu’aucun sentiment négatif ne peut sévir sur l’île et des monuments anciens conquis par les plantes dans une danse symbiotique de toute splendeur.

Malheureusement, l’accès est sévèrement contrôlé par les seigneurs locaux, siégeant respectivement à Havrelac et au Havre. Il est possible de demander une permission, mais ceux qui ne font pas partie de la caste noble n’arriveront même pas à obtenir le formulaire. En effet, la préservation du monument est primordiale pour la tradition perfectionniste, qui en a la charge.

La Porte des Ombres

Cet escalier, comprenant cent mille marches ornementées, permet de traverser le premier rempart des Monts Slevaria, menant à des nombreuses richesses, aussi nombreuses que les dangers qui les gardent.

Entre le climat, le terrain et les démons qui y rôdent, ce qui fit l’essor et la richesse de la tradition linguistique à son apogée n’est plus qu’un vestige du passé. Mais la Porte des Ombres est toujours présente, indélogeable, prouvant que cette apogée a bien eu lieu.

Aujourd’hui, beaucoup de chasseurs de démons s’y rendent pour étudier ces derniers, car là-bas on en trouve sous de multiples formes : des disgracieux, des monstrueux, des violents, des sournois, etc. Il paraît même que certains peuvent se faire passer pour des humains…

Le Belvédère des Dieux

Il s’agit d’une construction de bois gigantesque qui, située dans la Tundra, permettrait d’observer le Domaine des Dieux au-dessus du Golfe des Éléments.

Est-il nécessaire de rappeler que l’archipel que l’on nomme le Domaine des Dieux est un des quatre points cardinaux du monde ? Avec l’île rocheuse appelée la Rose-guide, le Cap du Bout du Monde, et l’endroit le plus inaccessible de Rosarya, le Cap de l’Abandon, il permet de se diriger lors des voyages partout sur le continent et en mer. Si d’aventure vous entendez les termes dieux, guide, monde et abandon, vous saurez qu’il s’agit de directions géographiques.

Le Temple Suspendu

Cet édifice religieux est dédié au dieu Vael, dieux qui supervise le pays éponyme, et dont l’influence s’étend du Bois de Vael à la Faucille de Vael en passant par le Gouffre de Vael. C’est suspendu au-dessus de ce dernier que le temple a été construit.

Ce monument est particulier, car contrairement à la plupart des autres merveilles du monde, il est ouvert à tous. Faites attention cependant, car quand on y pénètre il est alors impossible d’en sortir. Ceux qui s’y rendent promettent par leur seule présence d’honorer les tous les dieux et toutes les vertus, en échange de quoi ils peuvent vivre une vie de méditation et son protégés des maladies et des accidents. Ainsi, chaque moine est certain d’arriver au terme de ses cent ans d’existence et de rejoindre les dieux en plein état de spiritualité.

Il est cependant proscrit que des enfants, âgés de quatorze ans ou moins, y pénètre sans la bénédiction d’un guide. Mais que l’on soit adolescent (entre 15 et 24 ans), jeune adulte (entre 25 et 49 ans), vieil adulte (entre 50 et 79 ans) ou même vieillard (à partir de 80 ans), chacun à le droit de venir pour attendre sa mort séculaire en méditant.

Fertilenne

Fertilenne est le nom donné à une ville du passé, qui aujourd’hui n’est que ruine. L’architecture est certes avant-gardiste pour l’époque, mais ce qui la distingue du commun des villes est le fait qu’il s’agit d’une véritable cité bâtie sur des pilotis de pierres, se dressant ainsi au-dessus des flots moribonds du Marais Fertile, plus grand marais du monde.

Chacun sait que le Marais Fertile, bien qu’il porta autrefois bien son nom, a été empoisonné au cours de la Guerre Triangulaire, et donc depuis plus de deux mille ans il n’est plus qu’une vaste étendue de flots nauséabonds et corrosifs. La seule chose qui s’y trouve encore, parmi les animaux déformés et les plantes rachitiques, est la ville abandonnée mais toujours debout de Fertilenne.

La Roseraie

La rose est le symbole du monde. Chacun sait que porter une fleur à son col a une signification particulière, mais porter la rose est un acte conséquent et lourd de sens.

La Roseraie est le seul endroit du monde où les huit espèces de roses peuvent pousser conjointement. Ainsi on y retrouve des roses de toutes les couleurs : rouges pour la fougue, oranges pour la déférence, jaunes pour la repentance, bleues pour l’humilité, azurs pour la gloire, blanches pour la pureté, roses pour la fidélité et noires pour la sagesse.

Ainsi, si vous voyez des gens porter une rose ou sa représentation, il s’agit d’un vœu plein de sens qu’il vous faudra lire avec précaution, car même s’il vous en est donné un aperçu ici, leurs significations sont bien plus complexe que cela. De plus veillez à bien prendre en compte la manière dont elle est portée, car arborer la fleur vive est un dévouement bien plus fort que de la broder sur son vêtement ou l’afficher sur sa bannière, voire encore plus simplement de ne l’avoir qu’en tant que simple accessoire.

Les Archives du Monde

Il s’agit d’un lieu très sympathique, bien que reculé. Érigé par des membres de la tradition shamanique, il s’agit d’une bibliothèque cherchant à agréger tous les écrits, présents et passés, de l’humanité.

Les archives sont ouvertes au public et le visiteur sera émerveillé de voir de nombreuses espèces de magifestes s’affairer en ces lieux.

Comme chacun sait, les magifestes sont des créatures étranges et absurdes qui apparaissent là où la magie est utilisée en grandes proportions. Aux archives du monde, fait unique, ils participent à la maintenance de l’endroit et voir ces créatures à l’œuvre est aussi intrigant que fascinant.

Les Six Colonnes

Les Six Colonnes sont six édifices titanesques érigés en l’honneur de la réconciliation des valeurs à la fin de la Guerre Triangulaire. Sur ces grandes colonnes sont inscrits les noms de tous ceux qui ont péri par les armes durant le conflit.

Comme chacun sait, les six valeurs sont les piliers de notre civilisation. Elles sont réparties en trois axes, chaque axe pouvant se décliner en deux valeurs. Ainsi, chaque tradition représente une combinaison unique de ces trois axes, c’est la raison pour laquelle il y a huit traditions. Il y a bien entendu celle qu’on appelle la “neuvième tradition”, rattachée à aucune valeur en particulier mais servant à guider les esprits égarés.

Le premier axe est le Comprem, symbolisant une manière d’appréhender le monde. On peut le faire avec sagesse, voie de l’Essence, ou avec intelligence, voie de l’Esprit.

Le deuxième axe est le Modem, symbolisant la manière dont ont influe sur le monde. On peut le faire en entrant en symbiose avec lui, voie de la Pureté, ou en imposant sa volonté, voie de l’Ambition.

Enfin, le dernier axe est le Volem, symbolisant le but de nos actes sur le monde. On peut le faire pour apporter l’équilibre en toute chose, voie de l’Harmonie, ou pour élever le monde et surpasser de qu’il est, voie de l’Exaltation.

Un exemple qui parlera à tous est celui de l’Expressionnisme, tradition qui honore les valeurs de l’Esprit, la Pureté et l’Exaltation.

Cosma, la Cité-Univers

Cosma est la dernière merveille qui a vu le jour et dont la fondation a marqué la fin du Premier Âge et scellé une nouvelle ère. Il s’agit de la construction la plus conséquente de l’histoire de l’Humanité, un symbole d’unité.

Si le Premier Âge est un âge de guerre et de conquête, il a atteint son paroxysme lors de la Guerre Triangulaire. Il s’agit du premier (et seul) conflit mondial, impliquant toutes les traditions. Elle a commencé quand des dissensions ont scindé les expressionnistes et les clercs en deux factions au sein de leur propre tradition : ceux qui considéraient que la Pureté était une valeur plus importante que l’Exaltation, et ceux qui pensaient le contraire. Même si ces deux traditions n’ont pas le même comprem (les expressionnistes préfèrent l’Esprit et les clercs préfèrent l’Essence), ils se sont regroupés pour faire deux faction séparatistes : les puritains et les exaltés (qui, chacun contenaient des membres de l’Expressionnisme et de membres de la Foi). Leur but, à chacun, était d’imposer au monde la valeur qu’ils mettaient en avant, cherchant à écraser toutes les autres.

Parmi les autres traditions, celles qui honoraient l’une ou l’autre des valeurs se sont jointes au conflit, formant deux grandes armées pluri-traditionnelles, du jamais-vu jusque là. De leur côté, ceux qui ne partageaient aucune de ces deux valeurs et qui, du coup, refusait que l’une d’entre elles domine toutes les autres, fondèrent une troisième faction : les neutralistes. Trois grandes armées s’affrontaient donc, ce qui donna son nom à la Guerre Triangulaire.

Le conflit dura soixante-quatre ans. Au terme de celui-ci, les neutralistes avaient réussi à mettre une pression si forte sur les deux armées séparatistes qu’elles furent toutes deux contraintes de signer la paix et d’admettre qu’aucune suprématie n’était souhaitable. Suite à cela, chaque tradition conclut que la guerre armée n’était qu’une maladie intestine à l’humanité, et que désormais si guerre il y avait, ce serait une guerre spirituelle. Cet acte scella la fin du Premier Âge.

En guise de symbole de paix et d’unité pour l’entrée de l’humanité dans le Deuxième Âge de son existence, toutes les traditions ont conjointement bâtit Cosma, qu’on surnomme la Cité-Univers, plus grande ville jamais construite, et au sein de laquelle on peut trouver des résidents de toutes les traditions.